À Bujumbura, une conférence nationale sur le fact-checking s’est tenue le 02 avril 2026 dans le cadre de la célébration de la Journée internationale du fact-checking, dix ans après son lancement à l’échelle mondiale. Des professionnels des médias et divers acteurs engagés dans la lutte contre la désinformation se sont réunis pour dresser un état des lieux, examiner les initiatives en cours au Burundi et débattre des défis, des opportunités et des perspectives à l’ère de l’intelligence artificielle.
Le 02 avril de chaque année, le monde célèbre la Journée internationale du fact-checking. Lancée en 2016 par l’International Fact-Checking Network, IFCN, cette journée vise à valoriser le travail essentiel des fact-checkeurs dans la lutte contre la désinformation et la réduction de ses impacts au sein des communautés. Elle constitue également un moment privilégié pour que les différents acteurs échangent sur l’état des lieux, les défis, les opportunités et les perspectives pour renforcer le combat contre les désordres informationnels.
Pour la première fois, le Burundi s’est joint au reste du monde pour célébrer cette journée, dix ans après son lancement, à travers une conférence nationale sur le fact-checking organisée ce jeudi au Centre d’Information des Nations Unies au Burundi, situé au centre-ville de Bujumbura. Cette conférence a été organisée par le Journal Shikiriza via Shikiriza Check, son programme de lutte contre la désinformation et les messages de haine, à travers le fact-checking et l’éducation aux médias et à l’information, EMI.
Le Burundi s’est joint au reste du monde pour célébrer la Journée internationale du fact-checking ce 2 avril 2026
L’événement a réuni des journalistes, fact-checkeurs, étudiants en journalisme, ainsi que des représentants d’organisations œuvrant dans le domaine des médias, de la communication et de l’information. Ces participants ont débattu des enjeux liés à la vérification des faits dans un contexte marqué par une recrudescence des cas de désinformation, due à la montée en puissance de l’intelligence artificielle, IA, mais également au contexte électoral sensible.
Placée sous le thème « La place du fact-checking dans la lutte contre la désinformation à l’ère de l’intelligence artificielle et dans le contexte des élections », la rencontre a mis en évidence le rôle ambivalent de l’IA, à la fois outil d’appui à la vérification et générateur de désinformation.
« Nous faisons face à des défis majeurs, notamment le manque de ressources humaines qualifiées, l’insuffisance de moyens financiers pour la formation et les outils adaptés, ainsi que l’absence d’un cadre légal encadrant les influenceurs, qui sont parfois sources de contenus trompeurs et manipulés », a déclaré Thibilisse Nkurunziza, journaliste fact-checkeur et coordinateur du programme Shikiriza Check.
Plusieurs recommandations formulées…
Les journalistes ont été invités à faire preuve de rigueur face à la course aux scoops.
Les intervenants ont notamment mis en garde contre les usages malveillants de l’IA, particulièrement en période électorale. Claude Nkurunziza, journaliste senior et fact-checkeur, a évoqué les risques de manipulation de l’opinion publique à travers la création de faux contenus, tels que des résultats électoraux falsifiés ou des bureaux de vote fictifs.
Face à ces menaces, plusieurs recommandations ont été formulées. Jean de Dieu Ndikumasabo a préconisé l’intégration de rubriques dédiées au fact-checking dans les médias burundais afin d’améliorer la qualité de l’information. De son côté, Richard Ndayishimiye a appelé les internautes à adopter un esprit critique et des réflexes de vérification avant tout partage de contenu.
Les journalistes ont été invités à faire preuve de rigueur face à la course aux scoops, souvent source de désinformation, et à se former continuellement aux nouvelles techniques de vérification dans un environnement médiatique en mutation.
Aucune des plateformes de fact-checking du Burundi n’est certifiée par l’IFCN
Les organisations œuvrant dans le domaine des médias ont, quant à elles, été encouragées à renforcer les capacités des professionnels et à soutenir les initiatives de fact-checking, tandis que les citoyens ont été appelés à jouer leur rôle central dans la lutte contre la propagation de fausses informations en vérifiant toute information reçue avant de la partager.
Cette première célébration au Burundi intervient dans un contexte mondial où la désinformation est de plus en plus perçue comme une menace majeure, renforçant la nécessité d’une mobilisation collective pour garantir une information fiable et de qualité. Au Burundi, l’intelligence artificielle, ainsi que les périodes sensibles telles que les échéances électorales ou les situations de crise, amplifient les phénomènes de désinformation, de polarisation et de discours de haine, portant atteinte à la cohésion sociale et à la démocratie.
À cet effet, plusieurs initiatives de fact-checking et d’éducation aux médias émergent progressivement à travers le pays. Il s’agit notamment de Shikiriza Check, Yaga Verify, Infox Zéro, Andika Check, Burunga Check, Burundi Check et Burundi Facts. Néanmoins, la plupart d’entre elles restent peu actives en raison de contraintes techniques, matérielles et financières. De plus, aucune de ces plateformes n’est certifiée par l’International Fact-Checking Network, ce qui constitue une barrière à l’intégration du secteur burundais de la vérification des faits à l’échelle mondiale. Shikiriza Check, l’une des initiatives les plus actives au Burundi, s’est engagée à jouer un rôle de premier plan pour promouvoir cette ouverture.