Ce 10 avril 2026, un webinaire organisé par Balobaki Check a réuni plusieurs experts africains du fact-checking autour d’une question centrale : comment garantir l’indépendance éditoriale tout en assurant la viabilité financière. À travers des expériences concrètes, les intervenants ont mis en lumière les défis quotidiens auxquels font face les médias de fact-checking en Afrique, tout en proposant des pistes pour renforcer leur crédibilité et leur résilience.
Dans son intervention, Valdez Onanina, Rédacteur en chef du bureau francophone d’Africa Check, a rappelé l’importance de fixer des règles claires avec les bailleurs. Il a insisté sur la nécessité d’intégrer, dans les accords de financement, des clauses garantissant la non-ingérence dans le travail éditorial. Pour lui, la transparence sur l’origine des financements reste également essentielle pour renforcer la confiance du public.
Abordant la question des financements publics, il a expliqué que les réalités diffèrent selon les pays. Dans certains contextes, les médias parviennent à préserver leur indépendance malgré un appui étatique. Dans d’autres, où les financements s’accompagnent de pressions ou de tentatives de contrôle, il estime qu’il est préférable de les refuser. À ses yeux, l’indépendance éditoriale ne doit jamais être compromise.
Dans la même dynamique, Rabeb Aloui, directrice de BN Check, média de fact-checking basé en Tunisie, a adopté une position plus ferme. Elle recommande aux médias de fact-checking de ne pas accepter de financements provenant des gouvernements ou des partis politiques, afin d’éviter toute influence. Elle a rappelé que les exigences de l’International Fact-Checking Network, IFCN, reposent notamment sur cette indépendance vis-à-vis des acteurs politiques.
Consciente des difficultés financières que rencontrent de nombreux médias, elle a encouragé des solutions pragmatiques. Renforcer les collaborations entre organisations, adapter certaines activités aux moyens disponibles, faire des activités payantes comme des formations et revoir les stratégies de mobilisation des fonds peuvent permettre de maintenir les activités essentielles. Elle a également suggéré de se tourner vers des partenaires de confiance reconnus, tels que CFI ou UNESCO, qui soutiennent les initiatives de fact-checking. Pour elle, faire payer les lecteurs pour accéder à des articles d’information vérifiée ne devrait jamais être une option car, selon elle, l’objectif principal du fact-checking n’est pas de générer des revenus, mais de lutter contre la désinformation et de préserver la communauté de ses conséquences néfastes.
Entre pressions locales et nécessité de soutien accru

Thème du webinaire: « Entre independance et survie financière: les défis économiques des médias fact-checking en Afrique »
Intervenant depuis le Mali, Aliou Diallo, spécialiste de la désinformation au Sahel, a apporté un éclairage sur les réalités du terrain dans certaines régions. Il a expliqué qu’au Mali, les financements extérieurs doivent être validés par les autorités publiques, ce qui place les médias dans une situation délicate. Dans ce contexte, il devient difficile de traiter certains sujets sensibles sans risquer de compromettre l’accès aux financements.
Cette situation contraint parfois les rédactions à faire des choix éditoriaux prudents pour continuer à fonctionner. Elle illustre les tensions permanentes entre la mission d’informer de manière indépendante et les contraintes liées à la survie financière.
Modéré par Moise Esapa, journaliste fact-checkeur, également chargé du monitoring à Balobaki Check, le webinaire a suscité un réel intérêt auprès des participants. Plusieurs d’entre eux ont salué la qualité des échanges et la pertinence des expériences partagées. Ils ont également insisté sur la nécessité de renforcer le plaidoyer auprès des partenaires techniques et financiers afin d’accroître le soutien aux médias et initiatives de fact-checking africains.
Dans un contexte où la désinformation continue de gagner du terrain en Afrique, les intervenants ont rappelé l’importance du rôle des fact-checkeurs. Toutefois, ils ont aussi souligné que leur efficacité dépend largement des moyens mis à leur disposition. Assurer leur indépendance tout en garantissant leur stabilité financière reste donc un défi majeur, mais essentiel pour l’avenir de l’information fiable sur le continent.