Recyclage des déchets plastiques : un défi collectif pour préserver l’avenir

Alors que les déchets plastiques envahissent progressivement les espaces publics au Burundi, leur recyclage apparaît comme une solution incontournable. Malgré les initiatives des autorités, des partenaires et des entrepreneurs écologiques, la réussite de cette lutte dépend avant tout d’une prise de conscience collective.

Au Burundi, les bouteilles et emballages plastiques jonchent les rues, les caniveaux, les cours d’eau et même les espaces verts. Ce constat illustre l’ampleur d’une pollution qui menace aussi bien l’environnement que la santé humaine. Si des initiatives voient le jour pour inverser cette tendance, les spécialistes estiment que le changement durable passera avant tout par une évolution des comportements.

Les déchets plastiques figurent parmi les polluants les plus persistants. Selon les experts, ils peuvent mettre entre 100 et 1 000 ans à se dégrader, sans jamais disparaître totalement. Au fil du temps, ils se fragmentent en microplastiques qui contaminent les sols, les eaux, les animaux et, à terme, l’organisme humain.

L’Institut Supérieur de l’Environnement rappelle que les plastiques renferment des substances préoccupantes, notamment des perturbateurs endocriniens susceptibles de favoriser certains cancers ainsi que des microplastiques capables de pénétrer dans les organes humains. Certaines substances chimiques peuvent également migrer vers les aliments lorsque ceux-ci sont chauffés dans des contenants en plastique.

Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) souligne que les risques liés aux plastiques dépassent le cadre environnemental. Ils concernent également la santé publique, l’économie et le développement durable, en interaction avec d’autres défis mondiaux tels que le changement climatique et la dégradation des écosystèmes. Sans mesures urgentes, 37 millions de tonnes de plastique pourraient se déverser chaque année dans l’océan d’ici 2040, selon les estimations de l’ONU. Et encore, la consommation mondiale de plastique devrait atteindre 516 millions de tonnes, en 2025.

L’économie circulaire, une réponse durable


« La principale difficulté actuellement est de pouvoir mobiliser un grand nombre de jeunes autour des questions environnementales», indique Thierry Nizigiyimana

Dans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de l’environnement, le Club Environnement de l’Université du Burundi a organisé, le 12 juin 2026, la cinquième édition de la Soirée de l’Environnement sous le thème de la gestion responsable des déchets plastiques. L’activité, organisée avec l’appui de KINJU, de l’ONG LVIA et du projet ECOCIRC financé par l’Union européenne, a débuté par une activité de collecte des déchets au campus Mutanga avant de laisser place à des échanges entre étudiants, chercheurs et acteurs environnementaux.

Pour Thierry Nizigiyimana, représentant du Club Environnement UB, la principale difficulté reste la mobilisation d’un plus grand nombre de jeunes autour des questions environnementales. Il salue néanmoins le soutien des partenaires qui accompagnent les actions du club.

Présent à cette rencontre, l’Ambassadeur Albert Mbonerane a rappelé que les jeunes ont toujours été au cœur des grands mouvements environnementaux. Il a notamment souligné que la Journée mondiale de la Terre est née grâce à l’engagement d’étudiants soucieux de protéger la planète. Il a également dénoncé l’impunité de certains auteurs d’infractions environnementales et plaidé pour la création d’une police spécialisée dans la protection de l’environnement.

Pour le PNUE, le recyclage ne suffira pas à lui seul à résoudre la crise mondiale des plastiques.
« Nous ne sortirons pas de la crise de la pollution plastique en recyclant ; nous avons besoin d’un changement systémique afin de passer à une économie circulaire », déclarait en 2023 sa Directrice exécutive, Inger Andersen.

Les entrepreneurs écologiques face aux défis du terrain


« Les jeunes ont toujours été au cœur des grands mouvements environnementaux », rappelle Amb. Albert Mbonerane

Au Burundi, plusieurs entrepreneurs ont choisi de transformer les déchets plastiques en pavés, briques écologiques, objets décoratifs ou autres produits à valeur ajoutée. Leur activité contribue à réduire la pollution tout en créant des emplois et des revenus.

Cependant, ces initiatives demeurent confrontées à de nombreuses contraintes, notamment les difficultés de transport.

« Au lieu de jeter les déchets plastiques après leur utilisation, certaines personnes les collectent et les transforment en produits générateurs de revenus. Mais il est indispensable de renforcer la sensibilisation afin que chacun comprenne l’urgence d’agir », a insisté Gerard Habonimana, représentant du projet ECOCIRC.

Selon lui, le changement commence déjà à être perceptible, de plus en plus de citoyens déposent leurs bouteilles plastiques, après leur utilisation, dans les poubelles prévues à cet effet. Il recommande néanmoins d’augmenter le nombre de poubelles, notamment dans les établissements d’enseignement supérieur et dans d’autres lieux où se rencontrent beaucoup de monde.

Des mécanismes en cours de renforcement


« Plus d’une centaine de poubelles ont déjà été installées dans la ville de Bujumbura », fait savoir Jean Girukwishaka

Les autorités burundaises poursuivent également leurs efforts pour améliorer la gestion des déchets plastiques.

Jean Girukwishaka, directeur de l’Assainissement et de l’Environnement au ministère en charge de l’Environnement, indique que plus d’une centaine de poubelles ont déjà été installées dans la ville de Bujumbura. Il annonce également un projet de collaboration avec les entreprises productrices de boissons afin d’étendre ce réseau dans d’autres espaces publics.

Concernant les difficultés rencontrées par les entreprises de recyclage, il précise que des discussions sont en cours avec la SOPEBU afin de faciliter leur approvisionnement en carburant et ainsi améliorer la collecte des déchets.

Au-delà des infrastructures et des politiques publiques, les spécialistes s’accordent sur un constat : la lutte contre la pollution plastique dépend avant tout de l’engagement de chaque citoyen.

Réduire l’utilisation des plastiques à usage unique, privilégier des alternatives réutilisables, éviter de chauffer les aliments dans des contenants plastiques et trier systématiquement les déchets figurent parmi les principales recommandations formulées par l’Institut Supérieur de l’Environnement.

Face à une pollution qui ne connaît pas de frontières, le recyclage ne constitue plus seulement une option environnementale. Il devient un impératif collectif pour préserver la santé, protéger la biodiversité et garantir un avenir plus sain aux générations futures.