Intelligence artificielle : opportunité stratégique ou risque mal maîtrisé ?

À l’heure où le numérique transforme profondément les sociétés, l’Intelligence Artificielle (IA) s’impose comme un outil incontournable de développement. Pourtant, dans les pays en développement, son adoption reste confrontée à plusieurs obstacles : accès limité à Internet, insuffisance de compétences techniques et faible culture numérique.

Le développement durable s’inscrit désormais dans une dynamique mondiale où la technologie joue un rôle central. Agriculture, élevage, santé, construction, éducation ou sécurité : aucun secteur n’échappe à la modernisation numérique. L’IA permet d’optimiser les services, d’améliorer la productivité et de faciliter la prise de décision.

Mais derrière ces avancées se cachent aussi des risques. Contrairement à une idée répandue, l’IA ne « réfléchit » pas comme un être humain. Elle produit des réponses en fonction des données et des consignes reçues. Une question mal formulée conduit donc à un résultat approximatif. Cette méconnaissance peut entraîner des erreurs d’interprétation et une dépendance excessive à l’outil.

Au Burundi, la digitalisation des services publics est déjà en marche. Le secteur privé suit le mouvement, notamment dans l’agriculture et le commerce. Les initiatives se multiplient pour intégrer les solutions numériques dans la résolution des défis socio-économiques.

L’éducation, un terrain sensible


« Les jeunes filles restent sous-représentées dans les filières numériques », Dr Michelle Mukeshimana, Doyenne de l’ITN

L’introduction de l’IA dans le système éducatif suscite à la fois enthousiasme et prudence. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), les technologies d’IA peuvent renforcer les Systèmes d’Information pour la Gestion de l’Education, améliorer la planification et soutenir une prise de décision fondée sur des données fiables.

Dans ses orientations pour l’intelligence artificielle générative dans l’éducation et la recherche (2024), l’UNESCO souligne également le potentiel de l’Intelligence artificielle générative pour appuyer les enseignants : préparation des cours, reformulation de contenus, simplification de notions complexes, accompagnement des élèves ayant des besoins spécifiques, et autres.

Cependant, les inquiétudes persistent. L’usage non encadré de ces outils pourrait fragiliser l’intégrité académique. À Bujumbura, certains élèves reconnaissent utiliser des applications d’IA pour réaliser leurs devoirs à domicile sans véritable appropriation du contenu. Un phénomène qui interroge sur l’esprit critique des apprenants et la responsabilité pédagogique.

Le Recteur de l’Université du Burundi, Prudence Bararunyeretse, affirme que l’institution entend jouer un rôle moteur à travers l’Institut des Technologies Numériques, ITN. Lors d’un échange organisé par Indaba X Burundi en décembre 2025, il a mis en avant la nécessité de former des spécialistes capables de développer des solutions adaptées aux réalités locales.

Son objectif est d’optimiser les systèmes de santé, moderniser l’agriculture, améliorer la gouvernance et créer de nouvelles opportunités économiques.

De son côté, Michelle Mukeshimana, Doyenne de l’ITN, a rappelé lors du Forum sur la gouvernance de l’Internet en Afrique centrale (édition 2025, tenue à Bujumbura en février 2026) que les jeunes filles restent sous-représentées dans les filières numériques, principalement par manque d’information. Elle appelle à une mobilisation accrue pour combler cet écart.

Une jeunesse déjà engagée

Malgré les défis liés à la connectivité dans certaines régions, de nombreux jeunes Burundais s’approprient déjà les outils numériques. C’est le cas de Carmel Niyungeko qui s’est déjà lancé dans le développement d’applications web et mobiles en tant que co-fondateur de la société K Squad. Il interpelle ainsi les autres jeunes d’acquérir les compétences numériques plutôt que se fier à la distraction sur les réseaux sociaux sans rien gagner. Selon Carmel, les jeunes devraient apprendre le marketing digital, commerce en ligne, intelligence artificielle, block Chain, et autres car les initiatives se multiplient.

Pour ces jeunes entrepreneurs, l’IA représente un levier d’efficacité. Traduction instantanée, analyse de données, automatisation de services : autant de solutions qui permettent de gagner du temps et de réduire les coûts.

L’enjeu majeur reste la formation. Intégrer l’éducation au numérique et à l’utilisation responsable de l’IA dans les programmes scolaires apparaît indispensable. Une telle démarche contribuerait non seulement à améliorer la qualité de l’apprentissage, mais aussi à lutter contre la cybercriminalité, la désinformation et la propagation des discours de haine comme l’indique Thibilisse Nkurunziza, Journaliste Fact-checkeur et Coordinateur de Shikiriza Check, une initiative de fact-checking et de l’EMI au Journal Shikiriza.

Et d’ajouter : « L’Intelligence artificielle n’est ni une menace absolue ni une solution miracle. Elle constitue un outil puissant dont l’impact dépendra avant tout de la manière dont les sociétés choisiront de l’encadrer et de l’utiliser. »