Une rumeur affirmant que l’association « Homme en détresse » n’admettrait que des hommes comme membres a largement circulé au Burundi. Cette infox a également alimenté de nombreux débats au sein de différents groupes WhatsApp burundais. Cependant, après vérification, cette information s’avère fausse. Selon le président et représentant légal de l’association, Mr Boniface Nduwimana, cette rumeur est propagée par des personnes impliquées, de près ou de loin, dans des violences faites aux hommes.
Au mois de mai 2025, une ordonnance d’agrément d’une association sans but lucratif dénommée « Homme en détresse », ou « Abagabo mu gahinda » en langue nationale, a commencé à circuler sur les réseaux sociaux et dans plusieurs groupes WhatsApp burundais. Cette ordonnance, signée par le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et du Développement communautaire de l’époque, Mr Martin Niteretse, a suscité de longs débats au sein de ces plateformes de discussion.
Dans ces débats, plusieurs affirmations ont été avancées : que l’association aurait été fondée sans vision ni raison d’être, qu’elle aurait été créée pour plaisanter, qu’il n’existerait pas d’hommes en détresse au Burundi, pays considéré comme patriarcal où tous les pouvoirs reviennent aux hommes, que l’homme en détresse n’en serait pas réellement un, que l’organisation serait exclusivement réservée aux hommes afin de concurrencer les organisations féministes, que le ministre n’aurait pas dû agréer une telle association, qu’elle constituerait une honte pour les hommes burundais, ou encore que ses membres seraient eux-mêmes des hommes en détresse.
Tous ces propos ont été tenus sans tenir compte, ou sans savoir, que cette organisation, qui lutte contre les violences basées sur le genre — en particulier les violences faites aux hommes —, selon son fondateur, Mr Boniface Nduwimana, avait déjà passé quatre ans à œuvrer dans la commune et province de Kayanza, aujourd’hui intégrée à la province de Butanyerera, avant d’être officiellement agréée le 27 mai 2025 afin de pouvoir exercer librement sur toute l’étendue du territoire burundais.
Des fausses affirmations sur l’association « Homme en détresse »

« Notre organisation n’est pas une association d’hommes victimes, mais une organisation qui lutte contre les violences faites aux hommes », indique Boniface Nduwimana, président fondateur de ladite association.
Selon son président et représentant légal, Boniface Nduwimana, les personnes qui affirment que l’association « Homme en détresse » est réservée exclusivement aux hommes comme membres mentent.
« Ceux qui tiennent de tels propos sont, pour la plupart, impliqués de près ou de loin dans des violences faites aux hommes. Ils cherchent à décrédibiliser notre organisation et à décourager nos membres afin que leurs mauvaises actions puissent se poursuivre au détriment des hommes. Notre organisation est composée de personnes issues de toutes les couches sociales. Elle accueille toute personne animée par la volonté de contribuer à mettre fin aux violences faites aux hommes. Parmi nos membres figurent des hommes ayant subi des violences, d’autres qui n’en ont pas subi, des femmes ainsi que des jeunes célibataires. Notre organisation n’est donc pas une association d’hommes victimes, mais une organisation qui lutte contre les violences faites aux hommes », déclare Boniface Nduwimana avec fermeté.
Il ajoute : « Il est trop tard. Notre association a été créée et agréée. Nous ne relâcherons pas nos efforts tant que les violences faites aux hommes persisteront ou resteront impunies. »
Boniface Nduwimana va plus loin. « Il y a également ceux et celles qui affirment que notre organisation n’avait aucune raison d’être créée. Ils mentent », insiste-t-il.
Pour appuyer ses propos, il dresse un bilan. « En 2025, 94 cas d’hommes dont les droits ont été violés ont été accueillis et accompagnés par notre organisation », précise-t-il, avant d’ajouter que ce chiffre aurait pu être plus élevé si les hommes étaient davantage sensibilisés à dénoncer les abus qu’ils subissent. Depuis sa création en 2021, l’association « Homme en détresse » a accueilli et assisté plus de 479 hommes, parmi lesquels plus de 159 ont subi des violences économiques.
« La plupart des hommes ont honte de dénoncer les violences qu’ils subissent. Nos traditions ont longtemps réprimé les hommes. Beaucoup d’entre eux n’osent pas appeler à l’aide lorsqu’ils subissent des violences ou des abus de la part de leurs épouses. Cela permet à ces violences de se poursuivre et de rester impunies. Notre rôle est d’abord de les encourager à dénoncer, à oser parler et à porter leurs cas devant la justice. Parmi les services que nous offrons figurent l’assistance judiciaire, en plus de l’accompagnement psychosocial », ajoute-t-il avec insistance.
Nos vérifications

« Deux femmes siègent au sein des instances de prise de décision de l’association “Homme en détresse” », a constaté Shikiriza Check.
Après avoir pris connaissance de toutes ces accusations, et au-delà des démentis du fondateur de l’association, nous avons procédé à nos propres vérifications sur le terrain. Les constats sont les suivants : le poste de trésorier général de l’organisation est occupé par une femme, le secrétariat du conseil de surveillance est assuré par une femme, et lors des réunions de l’association, hommes et femmes sont visibles parmi les membres. En ce qui concerne les représentations provinciales, parmi les trois principaux responsables de l’organisation dans la province de Butanyerera, l’un est de sexe féminin et occupe le poste de secrétaire provinciale.
Quant à l’expansion de cette association — la seule au Burundi dont l’objectif principal est la défense des droits des hommes —, trois provinces sur cinq disposent déjà de représentants et de comités provinciaux. Il s’agit des provinces de Bujumbura, Gitega et Butanyerera. Pour les deux provinces restantes, un calendrier électoral est déjà établi : la province de Burunga élira ses responsables le 24 janvier 2026, suivie de la province de Buhumuza le 31 janvier 2026.
« L’objectif est d’implanter notre organisation de la colline jusqu’au sommet. Après la mise en place des représentants provinciaux, ce sera le tour des communes, jusqu’à atteindre le niveau des collines », a indiqué Boniface Nduwimana, fondateur de l’association « Homme en détresse ».