Attention, le communiqué qui circule n’émane pas du service de la police nationale du Kenya

Un communiqué de presse attribué au service de la police nationale du Kenya circule depuis la matinée de ce 7 juillet 2025. Ce communiqué, rapidement devenu viral sur les réseaux sociaux, notamment dans des groupes WhatsApp et certaines pages Facebook de Burundais, indique qu’un nombre important d’étrangers dont les burundais vivant au Kenya ont été appréhendés lors des manifestations en cours dans ce pays. Après sa diffusion, le service de la police du Kenya a réagi en précisant qu’il n’émane pas de cette institution et qu’il s’agit d’une intox.

Ce communiqué de presse, qui est rapidement devenu viral, surtout dans des groupes WhatsApp et sur les différentes pages Facebook de divers Africains, fait savoir qu’un grand nombre d’étrangers vivant au Kenya ont été arrêtés lors des manifestations en cours. Ce communiqué, dont la signature a été attribuée au porte-parole de la police nationale du Kenya, indique le nombre d’étrangers arrêtés dans ces « insurrections » en cours dans ce pays, classés par nationalité. Sur cette liste, le Burundi arrive en tête avec 26 Burundais arrêtés. Le Yémen vient en dernier avec 3 de ses citoyens. Cette liste mentionne que les étrangers appréhendés dans ces manifestations sont au nombre de 122, parmi lesquels 11 sont sans nationalité. Dans ce communiqué daté du 6 juillet 2025, la police nationale du Kenya met en garde tous les immigrés vivant et travaillant au Kenya sans autorisation, précisant qu’elle procédera à leur arrestation. La police kenyane demande aux citoyens kényans, selon ce communiqué, de l’informer dès qu’ils repèrent un immigré étranger vivant illégalement au Kenya.

Au #ShikirizaCheck, après avoir lu ce communiqué de presse d’une page, nous avons cherché à vérifier si cette information est réellement vraie, vu qu’elle implique plus d’une vingtaine de Burundais. Nous nous sommes donc rendus sur les réseaux sociaux du service de la police nationale du Kenya et n’y avons rien trouvé concernant ce communiqué. Quelques minutes plus tard, alors que nous cherchions en vain cette information sur les plateformes officielles de quelques médias locaux crédibles au Kenya, la police kenyane a publié, sur ses réseaux sociaux, ce communiqué avec un court commentaire :

« Ce communiqué de presse qui circule sur les médias sociaux, dont la signature est attribuée au porte-parole du service de la police nationale, est faux. ».

Ce qu’il faut savoir sur cette « fake news » et les manifestations en cours au Kenya


« Ce communiqué de presse qui circule sur les médias sociaux est faux » publie la police kenyane

Dans un contexte aussi tendu que celui que connaît actuellement le Kenya, les cas de désinformation se multiplient et se propagent à une vitesse fulgurante. Comme le savent la plupart de ceux qui suivent l’actualité sur la région d’Afrique de l’Est, le Kenya fait face à un vaste mouvement de manifestations populaires.

Depuis le 9 juin 2025, des centaines de vies humaines ont été perdues dans ces mobilisations déclenchées à la suite de la mort d’un jeune blogueur et enseignant kenyan, Albert Omondi Ojwang. Ce dernier est décédé des suites de graves blessures à la tête infligées lors de sa garde à vue par la police. Sa mort a agi comme un déclencheur pour une grande partie de la jeunesse kényane, réunie sous le mouvement appelé « Gen-Z », qui y a vu une preuve flagrante de la brutalité policière et de l’impunité des forces de l’ordre.

Outre cet événement tragique, plusieurs autres causes profondes expliquent l’ampleur des manifestations actuelles dans ce pays de Jomo Kenyatta. On peut citer notamment la lutte contre la vie chère, le chômage massif chez les jeunes, l’inflation galopante, la dépréciation de la monnaie nationale, ainsi que la corruption persistante. À cela s’ajoute la commémoration du 35ème anniversaire du mouvement révolutionnaire « Saba Saba », qui symbolise la transition historique du Kenya vers une démocratie multipartite après des années de régime autoritaire à parti unique.

Dans des périodes aussi instables comme celles dans laquelle se trouve le Kenya, les périodes marquées par les conflits, les soulèvements populaires et l’insécurité, la désinformation trouve un terreau fertile pour se développer. C’est également un moment propice à la propagation des messages de haine, souvent relayés sur les réseaux sociaux ou par des sources peu fiables.

C’est pourquoi, dans ce contexte, la population est invitée à faire preuve de la plus grande prudence face aux informations qu’elle reçoit. Il est essentiel d’exercer son esprit critique et de ne se fier qu’à des sources fiables, crédibles et vérifiées. La vérification des faits (fact-checking) joue également un rôle fondamental dans la lutte contre ces cas de désinformation, en contribuant à préserver la vérité dans ce climat où celle-ci est mise à mal.