Onze ans, jour pour jour, après la tentative de coup d’État manquée du 13 mai 2015, le secteur médiatique burundais porte encore les séquelles de cette crise qui avait entraîné la fermeture de la quasi-totalité des médias indépendants influents de l’époque ainsi que l’exil de près de deux cents journalistes. Considérée comme l’une des périodes les plus sombres de l’histoire récente de la presse burundaise, cette crise a profondément bouleversé le paysage médiatique national. Malgré la réouverture de certains organes de presse au fil des années, plusieurs professionnels des médias continuent d’exercer dans un climat marqué par la peur, la précarité et diverses restrictions liées à la liberté de la presse.
Le 13 mai 2015, un groupe de militaires dirigé par le général-major Godefroid Niyombare, ancien patron du Service national de renseignement et ancien chef d’état-major de l’armée burundaise, a tenté de renverser le pouvoir du feu président Pierre Nkurunziza, alors que ce dernier participait au sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’East African Community à Arusha, en Tanzania.
Dans un discours diffusé par plusieurs médias privés, le général-major Godefroid Niyombare avait annoncé, depuis les studios de la Radio Publique Africaine, l’un des médias indépendants les plus influents de l’époque, la destitution du gouvernement dirigé par le président Pierre Nkurunziza. Il avait également déclaré que les secrétaires permanents des différents ministères assureraient l’intérim au sein de leurs ministères respectifs.
Quelques heures plus tard, le chef d’état-major de l’armée, le général Prime Niyongabo, avait annoncé sur les antennes de la Radio-Télévision Nationale du Burundi que la tentative de coup d’État avait été déjouée. Les militaires loyalistes étaient parvenus à protéger le siège de la RTNB, que les putschistes tentaient de prendre.
Cette tentative est intervenue dans un contexte de fortes tensions liées au troisième mandat de Pierre Nkurunziza. Les manifestations battaient alors leur plein dans certains quartiers de la ville de Bujumbura ainsi que dans plusieurs autres localités du pays. Ces manifestations avaient débuté le 26 avril 2015, au lendemain de l’annonce officielle de la candidature du président Pierre Nkurunziza à un troisième mandat que certains considéraient comme illégal et anticonstitutionnel.
De lourdes conséquences pour le secteur médiatique burundais
Depuis 2020, une vingtaine de journalistes burundais ont quitté le pays pour aller là où la vie pourrait être meilleure
À la suite de l’échec du coup d’État, les manifestations ont cessé et plusieurs personnalités impliquées dans cette tentative ont été arrêtées, tandis que d’autres ont pris le chemin de l’exil. Le principal instigateur de cette tentative, le général-major Godefroid Niyombare, a lui aussi quitté le pays. Le 15 mai 2015, il avait déclaré sur les ondes de Voice of America que le coup d’État n’avait pas réussi.
Les médias indépendants ayant diffusé le communiqué des putschistes ont été fermés, et certains détruits. Leurs responsables ont été accusés d’implication dans la tentative de coup d’État. Par la suite, des mandats d’arrêt internationaux ont été émis contre certains d’entre eux, les poussant à l’exil, où plusieurs vivent encore aujourd’hui.
Depuis lors, le secteur médiatique burundais demeure fragilisé, même si certains médias ont rouvert. D’autres continuent d’émettre depuis l’étranger. Depuis cette période, de nombreux journalistes travaillent dans un climat de peur, tandis que plusieurs partenaires soutenant les médias ont quitté le pays. Cette situation a eu des conséquences négatives sur la liberté de la presse au Burundi, la santé financière des médias privés ainsi que les conditions socio-économiques des journalistes.
Malgré les difficultés, certains professionnels des médias restent déterminés à poursuivre leur mission d’informer. Confrontés à un manque criant de matériels et de moyens de subsistance, plusieurs continuent néanmoins à exercer leur métier, tandis que d’autres choisissent de tout abandonner et de partir à l’étranger pour tenter de survivre.
Depuis 2020, une dizaine de médias privés ont fermé leurs portes au Burundi et une vingtaine de journalistes ont quitté le pays pour aller là où la vie pourrait être meilleure. La plupart vivent aujourd’hui en Europe, dans différents pays d’Afrique ainsi que dans plusieurs villes de la région du Golfe persique. Certains organismes internationaux ont tenté de relancer leurs projets d’appui aux médias privés burundais, mais se sont heurtés à d’importants blocages.