Le Conseil National de la Communication (CNC) a rassemblé les jeunes influenceurs Burundais, ce 17 septembre 2025, au chef-lieu de la province Butanyerera, pour débattre du métier d’influenceur : ses défis, ses responsabilités et les risques de dérives. À l’issue de cet atelier, des appels ont été lancés en faveur d’une professionnalisation du secteur, ainsi que d’un appui probable du secteur de la part du CNC et du ministère en charge de la sécurité publique. Toutefois, certains participants ont exprimé des suspicions et des inquiétudes quant aux intentions réelles des autorités à travers cet atelier.
Le Conseil National de la Communication (CNC) a réuni, au chef-lieu de la province Butanyerera, ce 17 septembre 2025, les différents jeunes influenceurs du Burundi, allant des youtubeurs aux journalistes digitaux, en passant par les créateurs de contenus (les memeurs, les « promoters », etc.) et les artistes (les DJs, les comédiens, les chanteurs musiciens, les slameurs, etc.).
L’objectif de cet atelier était, selon le Conseil National de la Communication, d’échanger sur le métier d’influenceur, ses défis et son rôle dans le développement du pays, ainsi que de repenser ensemble la professionnalisation de ce métier en pleine évolution à l’ère du numérique.
Selon Jean Sacha Barikumutima, expert-consultant en communication digitale, qui a fait une présentation intitulée : « Les TIC, une transition digitale et une révolution de l’Internet qui exige une adaptation », les influenceurs possèdent un pouvoir d’influence capable de faire le bien comme le mal, selon l’usage qu’on en fait. Pour ce consultant, le pouvoir sans responsabilité représente un danger pour la communauté, d’où la nécessité de cet atelier pour canaliser ce pouvoir vers la production de biens pour la société.
Selon lui, les études réalisées ont montré que le taux de pénétration d’Internet reste faible au Burundi, mais progresse progressivement. Ainsi, le taux de pénétration est de 11 % au Burundi, contre 45 % en Ouganda, 60 % au Rwanda et 20 % en RDC. À l’échelle africaine, ce taux est d’environ 33 %, contre 90 % dans certains pays européens. Jean Sacha Barikumutima a expliqué que les causes de ce retard sont, entre autres, la faiblesse de la connexion Internet et le coût élevé des outils électroniques permettant d’y accéder.
Pour cet expert, le métier d’influenceur est encore récent au Burundi. Il se réjouit néanmoins que parmi les 50 000 influenceurs que compte le continent africain figurent les influenceurs Burundais. Il a ainsi félicité ces pionniers de ce métier au Burundi et les a appelés à se professionnaliser et à être responsable afin d’utiliser leur pouvoir d’influence pour le bien de la communauté.
Dr Abbé Lambert Riyazimana, autre intervenant de la journée, a, pour sa part, souligné que, bien que récent, le métier d’influenceur a déjà produit autant de bons que de mauvais fruits. Selon ce directeur académique de l’Université de Ngozi et professeur d’université, les principaux mauvais fruits de ce métier sont la désinformation et la propagation de messages de haine ou d’incitation à la violence.
Ce prêtre de l’Archidiocèse de Ngozi a rappelé les résultats d’une « étude analytique des messages et discours de haine et d’incitation à la violence dans les contenus médiatiques du Burundi », réalisée avec son collègue, Dr Abbé Dieudonné Nibizi, au Burundi, sur la période allant de février 2023 à février 2024. Il a révélé que, selon cette étude, parmi les auteurs de messages haineux, figurent les influenceurs et leurs fans, qui utilisent leurs plateformes pour véhiculer ces messages destructeurs, notamment via les sections de commentaires.
Il a ainsi exhorté les influenceurs présents à promouvoir une culture démocratique et à lutter contre les discours de haine, en leur partageant une série de stratégies. Il les a également appelés à surmonter les défis liés à la désinformation, aux discours de haine, à la pression et à la peur, au manque de ressources et de formation, ainsi qu’à l’accès limité à Internet.
Un appel également relayé par le porte-parole du ministère ayant la sécurité publique dans ses attributions et membre du CNC, Dr Lt-Col Pierre Nkurukiye. Dans son intervention, il a invité les influenceurs à se former et à chercher à apprendre pour professionnaliser leur métier. Il a également demandé au CNC de réfléchir à des moyens de leur fournir des compétences techniques et pratiques.
Concernant les influenceurs qui n’ont pas accès à certains sites touristiques lorsqu’ils veulent produire des contenus pour promouvoir la bonne image du pays, il les a invités à prendre contact avec lui et le CNC afin qu’ils puissent plaider en leur faveur.
Un agenda caché derrière cet atelier tenu à Ngozi ?
Certains influenceurs ayant participé à cet atelier, interrogés par Shikiriza, restent sceptiques quant à ses véritables objectifs. Certains pensent que le CNC, seul organe régulateur des médias et des contenus médiatiques, chercherait à se rapprocher progressivement d’eux pour bien les identifier et surtout identifier les auteurs réels de comptes anonymes diffusant des informations sans modération ni censure. Ces mêmes influenceurs soupçonnent l’imminence d’une loi régissant le métier d’influenceur au Burundi, destinée à mettre fin à ce qu’ils appellent « un désordre » qu’on remarque en ligne, surtout causé par ceux qui agissent dans l’anonymat.
« Vous avez vu que la présidente du CNC essayait de nous rassurer, nous demandait de nous détendre et de parler librement. Mais avant cela, on nous avait d’abord demandé de nous présenter et de donner les noms que nous utilisons sur nos différentes plateformes numériques. C’est à partir de cette demande que j’ai commencé à avoir peur et à soupçonner une intention cachée », a déclaré un des influenceurs présents à l’atelier.
« Ces derniers temps, le Gouvernement cherche à contrôler ce qui se passe sur les réseaux sociaux. Cet atelier n’a pas été organisé pour rien. Attendons de voir la suite », a ajouté un autre participant.
« Le CNC et le ministère de la Sécurité publique étaient représentés. Ces deux institutions ne peuvent pas collaborer avec des personnes non identifiées ou agissant sans cadre légal. Il est évident qu’une réglementation est en cours de préparation », a souligné une influenceuse présente à cet atelier tenu à Winner’s Hôtel de Ngozi, avant d’ajouter qu’il serait dangereux pour ceux qui travaillent sous anonymat de révéler leurs identités, car, dit-elle, cela irait à l’encontre de leur éthique et de l’objectif qu’ils se sont fixés.
« Supposez que Nellynat accepte d’être régulée et cesse de publier des injures. Son influence disparaîtra aussitôt », a-t-elle conclu.
Au cours de cet atelier, les influenceurs ont eu l’occasion de s’exprimer sur leurs défis. Le CNC a promis de rester à leurs côtés et de plaider en faveur de la résolution de certaines de leurs difficultés. Il a conclu en appelant les influenceurs à utiliser leur influence pour contribuer à la réalisation de la Vision 2040-2060, affirmant qu’à l’ère du numérique, le métier d’influenceur ne peut plus être négligé.