Les conditions de détention au Burundi sont de plus en plus préoccupantes, marquées par une surpopulation carcérale chronique, des infrastructures vétustes et des dysfonctionnements judiciaires. Malgré des mesures de clémence initiées par le gouvernement, des milliers de détenus restent incarcérés, parfois sans jugement ou après avoir purgé leur peine. Face à cette crise humanitaire et institutionnelle, des voix de la société civile et des acteurs judiciaires appellent à une réforme urgente du système pénitentiaire.
Les conditions carcérales sont de plus en plus alarmantes. Des organisations de la société civile, telles que Restoration Burundi (une organisation locale œuvrant dans la sensibilisation de la population à la nécessité de connaître les lois afin de promouvoir la cohésion sociale, RestoBu en sigle), ainsi que la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH), dénoncent la surpopulation dans les établissements pénitentiaires et l’état préoccupant des prisons. Face à cette situation, le 30 octobre 2024, le président de la République du Burundi, Évariste Ndayishimiye, a signé le décret n° 100/167 instaurant des mesures de clémence pour désengorger les prisons. Une première vague de 477 détenus a ainsi été libérée lors des cérémonies officielles du 14 novembre 2024.
Cependant, selon RestoBu, sur les 13 211 détenus recensés au niveau national, 41 % (soit 5 442 personnes) étaient censés bénéficier de cette clémence présidentielle. Toujours selon Gratien Nibigira, représentant de RestoBu, la surpopulation carcérale reste préoccupante. Parmi les détenus figurent des personnes âgées de plus de 70 ans, des prisonniers ayant déjà purgé leur peine, ainsi que d’autres sans dossier judiciaire établi. Le 29 janvier 2025, la CNIDH a alerté les parlementaires sur le taux élevé de surpopulation dans les maisons de détention, y compris la présence de prisonniers qui auraient dû bénéficier de la grâce présidentielle et qui ont purgé leurs peines.
Des procédures judiciaires qui aggravent la surpopulation carcérale

« L’état des prisons du Burundi est préoccupant », déplore la CNIDH
Le 24 janvier 2025, RestoBu a organisé une journée de réflexion sur la situation carcérale au Burundi. Lors de cet événement, Maître Dismas Ndayemeye, enseignant à l’Université du Burundi, a souligné que la lourdeur des procédures judiciaires contribue à l’engorgement des prisons. Il a mis en évidence les différentes phases du processus pénal, notamment les enquêtes préliminaires, la phase pré juridictionnelle, l’instruction et le jugement. Selon lui, ces étapes, souvent longues, retardent la libération des détenus et aggravent la surpopulation. Justine Ntahombaye, parlementaire, partage cet avis. Elle estime que de nombreux prisonniers ayant purgé leur peine restent en détention faute de pouvoir s’acquitter des amendes exigées par la justice.
Pour remédier à cette injustice, elle propose la création d’un fonds de garantie destiné aux détenus démunis. Elle suggère également que les prisonniers puissent faire des activités génératrices de revenus qui les aideront à la réintégration sociale après leur sortie de prison. Pour sa part, Sixte Vigny Nimuraba, président de la CNIDH, souligne que certains prisonniers libérables sont toujours incarcérés en raison de dysfonctionnements administratifs et judiciaires. Ernest Nduwimana, premier substitut du procureur général de la République, pointe également du doigt la pression exercée par les victimes sur la justice, ce qui ralentit le processus de libération de nombreux détenus.
Des infrastructures pénitentiaires vétustes et inadaptées

« La surpopulation carcérale au Burundi est très préoccupante » dit Gratien Nibigira, Représentant de RestoBu
Au-delà des lourdeurs administratives, l’état déplorable des infrastructures carcérales constitue une autre source de préoccupation. La majorité des prisons burundaises remontent à l’époque coloniale et ne sont plus adaptées aux réalités actuelles. Lors de son intervention, Maître Dismas Ndayemeye a rappelé que seul un établissement pénitentiaire a été construit après l’indépendance. Selon lui, les prisons actuelles sont surchargées, insalubres et inadaptées aux besoins fondamentaux des détenus.
Malgré les efforts du gouvernement pour désengorger les prisons, RestoBu déplore que les infrastructures restent obsolètes. RestoBu appelle à une réforme structurelle du système pénitentiaire, passant par la construction de nouveaux établissements modernes et adaptés. Outre la surpopulation et la vétusté des infrastructures, les conditions de vie des détenus restent préoccupantes. Parmi les problèmes majeurs signalés par RestoBu figurent une alimentation insuffisante en qualité et en quantité, un accès limité aux soins de santé, des conditions d’hygiène déplorables, le manque de moyens de transport pour acheminer les prisonniers vers les tribunaux ou les centres de soins, des restrictions sévères sur les contacts avec le monde extérieur, l’absence d’infrastructures sportives et de réinsertion, et des prisons surpeuplées, inadaptées et délabrées. Ces conditions carcérales précaires mettent en péril la dignité humaine et freinent les efforts de réinsertion sociale des détenus, selon RestoBu.
Face à ces nombreux défis, la réforme du système pénitentiaire burundais apparaît comme une nécessité urgente. La construction de nouvelles prisons modernes, l’amélioration des conditions de détention et une réforme des procédures judiciaires sont des solutions essentielles pour garantir le respect des droits des détenus et réduire la surpopulation carcérale, selon Maître Dismas Ndayemeye.